"Le fait est que je suis une femme écrivain : une femme écrivain,
ce n'est pas une femme d'intérieur qui écrit, mais quelqu'un dont
toute l'existence est commandée par l'écriture. Cette vie en vaut
bien une autre. Elle a ses raisons, son ordre, ses fins auxquels
il faut ne rien comprendre pour la juger extravagante." S de B.
Performance - EMERGENCY Series
Vidéo : frénésie du texte en train de s’écrire +
Lecture: tout aussi frénétique - jusqu’à en perdre haleine
= dire sur papier/ dans le corps que ça urge
Lecture: tout aussi frénétique - jusqu’à en perdre haleine
= dire sur papier/ dans le corps que ça urge
Autour d'un rassemblement
je contiens le contenu
en salive
maintenance
le contenu me contient
rideau de vraisemblance
rituel du délestement
en rade
un corps, un bras, un nombril
j'oublie
c'est encore une certitude
gravillons bascule
un peu de babillement
quel ajustement prévoir ?
c'est autour d'un rassemblement
Performance SALLE D'EAU - New York - Juin 2007 (2)
Tu fermes les yeux. Tu fermes les yeux.
Tu es déjà prêt. Sans le savoir.
Le robinet fait entendre son goutte-à-goutte. Tu as du mal à l’arrêter.
De toute façon il est trop tard puisque tu es là pour faire ta toilette et tu veux prendre une douche.
L’eau coule sur ton visage, chaude, glissante.
Tu refermes les yeux et la vapeur monte lentement au plafond, formant une sorte de brouillard.
L’eau continue de couler, elle étouffe les bruits extérieurs.
Les yeux toujours fermés, tu te rêves liquide, glissant, fuyant, t’écoulant dans la canalisation.
ta peau frissonne et pourtant il fait chaud, la vapeur continue de monter.
Tu n’entends rien, que la chute de l’eau et ta respiration.
Tu as le dos tourné et tu ne vois pas, tu ne vois pas ce qui arrive derrière.
L’eau qui glisse ne peut effacer ce qui se passe dans ton dos.
Elle coule, glisse, fuit dans la canalisation.
Toi, tu restes les yeux fermés, dans la vapeur et tu ne t’es pas encore retourné.
L’eau fait des gargouillis en s’écoulant dans les tuyaux.
Tu es seul, nu, en cœur, en vue, tu t’écoutes.
Tu t’écoutes attentivement, toi aussi tu fais des bruits.
À la lumière de tes tubes.
Que disent tes tubes ? Tube digestif ? Trachée ? Tube vocal ? Tube anal ?
Nous sommes des tubes qui s’écoutent résonner.
Écho, écho, écho sur le carrelage, ta voix résonne.
Aaaaaaaaaaaaaaaaah ! Sourire aux lèvres. (...)
Danse-choregraphie : Olivier Gabrys -
Texte : Virginie Poitrasson - Video-actrice : Alice Robert
Performance SALLE D'EAU - New York - Juin 2007 (1)
Danse-choregraphie : Olivier Gabrys -
Texte : Virginie Poitrasson - Video-actrice : Alice Robert
tendre les liens 3
Et la pluie, pluie en peu, s’assombrit, et la pluie, pluie en eux, mangée par le remords, se rabat et se rabat encore, et la pluie, oui, qui est mienne, s’abat le long des cordes internes et des douceurs de la peau, et la pluie glissée pâle, glissant menue ici dans la langue portée en voix. Cette pluie, pluie de peu dit l’incidence du mot, sa fracture, sa transparence, les mensonges qui s’y déversent, d’une stridence inexpliquée. Là, le long de la fenêtre, la pluie brouille les corps en giclées accidentelles, la profonde mesure de l’accident, celle des mots, celle du corps, ce déversement en peu, en son, tout n’est plus que bruit, celui du dedans, y faire attention, le retenir avec précaution. La langue parlote bien vite et l’enrouement s’articule autour d’elle, c’est pourtant elle qui goutte, goutte à goutte, des mots à portée. Dans les plissures de la clarté, derrière ces effilochures glacées, ils s’appliquent à tout recourber. Comme la pluie, comme la pluie. Être dans les courbes de la langue.tendre les liens 2
De l’effervescence verte, perlée de blanc et c’est un éclat qui entame tout, la soucoupe renversée, une tasse en verre s’égoutte. Par fuseaux, avec une chaleur qui glisse entre la peau et l’air, des transparences, à part, en marge du cristal, comme une liquidité du feu et cela court, se transvase, émet des lignes, procède par morsures. Soudain un orangé terrible oscille entre le blanc et le jaune mais sur le rebord translucide il n’y en a plus la trace, l’ombre a achevé son travail de dissolution, le frôlement reprend, le velouté réagit à nouveau aux ondes de lumière, il émane de l’air, les fuseaux passant au travers constamment et c’est cette insécurité quotidienne de l’éclaircie, une part du ciel qui s’empare de la main, un certain déliement de la langue en vertu des actes prismatiques. Dans cette trouée irisée, une force grandit : y demeurer plus longtemps. Vers les miroitements.
tendre les liens 1
Ils sont de gris, de vert et parfois de mauve. Une étendue qui n’épargne personne. À leur manière ils me tombent sur la tête, appauvris par la solitude, dans un anéantissement du bruit, ils sont veilleurs d’abri, un reposoir pour oiseaux, et quelques signes électriques les animent. C’est dans un horizon dégagé de ses filatures qu’ils se découvrent, pesant sur le regard, tout occupé au bleu. Tension fidèle, la cadence manuelle des mots s’emballe, une arête en plein cœur, comme une perfusion du ciel, un écho radical des nuages. Épais graffitis, ils rendent la vue trouble. Une étendue qui n’épargne personne. Dédoublés dans le bruit, dégagés, ils respirent et manœuvrent mon corps éparpillé. Eux, fils de tensions, eux qui s’engagent vers le vide acculé dans le lointain.
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