Atelier d'écriture à Tours avec des étudiants de UPenn




Sur l'invitation de Mélanie Peron, par l'intermédiaire de François Bon
Atelier d'écriture avec les adorables étudiants de UPenn
dans le sillage de ma performance vidéo Emergency,
de Vaduz de Bernard Heidsieck et de Paris, musée du XXIème siècle de Thomas Clerc

#écrire dans l'urgence #tout autour de moi #pérégrinations dans la ville





Fiction 1 à lire dans le numéro 405 du Français dans le Monde

Un extrait d'Il faut toujours garder en tête une formule magique publié aux éditions de l'Attente, "Fiction 1", publié dans le dernier numéro du Français dans le monde, cliquez ici pour vous le procurer.

"Sonzai-kan exploration" publié dans la revue de littérature Espace(s)

Retrouvez mon texte "Sonzai-kan exploration" publié dans le n°12 de la revue de littérature Espace(s) par le CNES / Observatoire de l'Espace.

Robots, cyborgs & autres compagnons


Revue Espace(s) N°12 / ISBN 978-2-85440-031-1
Parution mars 2016 / 256 pages / Prix : 19 euros

Comment revisiter la notion du robot ou du cyborg, si bien implantée dans notre inconscient collectif ? Comment dépasser la simple dualité homme-robot, ami-ennemi sans pour autant verser dans la quête du trans-humanisme ? Retrouver l’humain dans l’étude de nos doubles artificiels, passer par la littérature pour éviter l’écueil du réalisme scientifique, mettre de côté la morale pour aller vers l’expression artistique, tel a été le programme de ce douzième numéro de la revue Espace(s). Car ce qui importe avant tout c’est bien l’émergence d’une relation, si étrange soit-elle avec cet autre, ce représentant de l’altérité.
Les auteurs invités à écrire dans la revue ont tenté de répondre, chacun à sa manière, à ces interrogations contemporaines. Toujours au cœur de la ligne éditoriale d’Espace(s), la variété des propositions et la liberté de la création littéraire et plastique apportent la preuve de la richesse du sujet. La rubrique « Protocole » propose cette année une tentative d’épuisement d’une pièce d’archive à travers une conversation entre différents auteurs et plasticiens. Dix auteurs se sont quant à eux emparés des mots de la Semaine de la Langue française et de la Francophonie, redonnant une définition spatiale à ce lexique bien terrestre. De fada à ristrette, c’est une nouvelle lecture, un jeu sur la langue qui est offert au lecteur à travers la découverte de ces textes de création. D’ « Invitation » en « Exploration », les compagnons trouvent leur place dans la revue à travers textes et propositions graphiques auxquels répondent les travaux d’artistes en résidence hors-les-murs à l’Observatoire de l’Espace.

Allez-y jeter un coup d'oeil, vous pouvez en lire un extrait ici.

Festival Sidération 2016 Caravansérail de l'espace



Je participe au CARAVANSÉRAIL DE L’ESPACE à l'Observatoire de l'Espace
Samedi 19 mars 15h30 : À la recherche d’une indéfectible compagnie.
Discussion avec Jakuta Alikavazovic et David Christoffel 
autour de mon texte Sonzai-kan exploration 
publié dans la revue de littérature Espace(s).
Et à 16h30, Gaël Baron lira des extraits de mon texte 
dans la cabine
où il accueille le public.
Venez! 
Accès libre et gratuit.

Inventaire des cercles (extrait) : Cinquième et sixième cercles


 
Nikolaj BS Larsen, Boat, 2011
Cinquième et sixième cercles

D’abord, j’ai regardé longtemps la mer, pour être sûr qu’elle tourne bien à l’endroit, qu’elle ne reparte pas en arrière, et je me suis dit, ces flots, ils ont l’air de rouler droit, ils vont me faire arriver. La mer les pousse doucement de l’autre côté, juste par petits mouvements et me voilà arrivé. Si la mer ne m’emmène pas, qui m’emmènera ? J’imagine ça comme se faire bercer, se laisser porter par le vent levant. C’est une question d’équilibre. Elle déversera de l’autre côté, en un roulis léger, ce qu’elle a charrié patiemment, sur une plage de sable blanc aux senteurs de monoï. Je roulerai alors gentiment, mouillé, au pied d’une de ces serviettes de plage colorées.
Et puis, j’ai regardé encore longtemps la mer et je me dis que l’eau est molle, qu’elle ne nous portera pas, pas moi en tout cas, qu’elle ne se montrera pas assez solide pour moi, pour porter mon poids, mes affaires, mon urgence, ma détresse. Pourtant, je ne lui demande pas de faire des détours mais d’aller juste tout droit, au plus près en face, là où mon regard se cogne chaque jour, sur ce désir calcaire, ce roc grand et imposant. Patient malgré les incursions de la mer, il reste là en position et c’est lui qui montre le chemin. La mer saura-t-elle le reconnaître ? Sûrement, car sa beauté ne peut pas décevoir.

Alors, quand j’ai embarqué j’ai fait de ce bateau ma maison. Ma maison-bateau. C’est à la fois un point de repère et un esquif fragile ballotté par la marée de l’Océan Atlantique, par le ressac des eaux grises de la Manche, par les vagues transparentes de la Mer Méditerranée, par celles de la Mer Adriatique, par les eaux bleues de la Mer d'Alboran, par celles de la Mer des Baléares, par les flots du Golfe de Corinthe, par ceux de la Mer de Crète, par ceux de la Mer Égée, par la marée du Golfe de Gabès, par celle du Détroit de Gibraltar, par celle de la Mer Ionienne, par les vagues du Bassin Levantin, par celles de la Mer de Libye, par celles de la Mer Ligure, par le ressac du Golfe du Lion, par celui de la Mer de Myrto, par celui de la Mer de Sardaigne, par celui de la Mer de Sicile, par les flots du Canal de Sicile, par ceux du Golfe Saronique, par ceux du Golfe de Syrte, par les vagues du Golfe Thermaïque, par celles de la Mer de Thrace et par celles de la Mer Tyrrhénienne.

Me voilà à bord. Et je sens la clarté de l’eau s’éloigner. On ne m’a pas tout dit, pas le passeur en tout cas. Pourtant tout se déroule avec une grande simplicité. Il y a eu des rumeurs de tempête, de lutte, mais les vents ont balayé tout cela. Il n’en est rien. La mer est restée plate, à peine quelques clapotis. Pas de signal d’alerte. Pas de MAYDAY. Pas de message aux garde-côtes. Juste un naufrage pur et simple, sûrement intentionnel. Et c’est là que je vois cette embarcation pourrie, vieille, disloquée et fendue, rapiécée et usée qui n’a de cesse de prendre l’eau et qui coule et coule à l’infini. L’éclat calcaire du rocher dans ma pupille cesse alors de briller et je retourne lentement à mon obscurité, le corps détrempé. Quand on coule, tout est question de poids, puisque tout corps plongé dans un liquide reçoit une poussée, qui s'exerce de bas en haut, et qui est égale au poids du volume de liquide déplacé. Alors je joue au bouchon, la tête hors de l’eau, je monte, flotte, pousse et je descends, coule, sombre. Jusqu’à ce que tout devienne immobile, comme dans tout lieu éternel. Pourtant j’aperçois encore ce fil noir et je sais que je n’ai pas encore passé la ligne d’horizon. Je le fixe intensément et je m’aperçois qu’il n’est pas noir en réalité, qu’un halo jaune l’entoure et qu’il est moucheté de petits points verts comme de minuscules palmiers disposés le long d’une plage de sable. Je pense alors que l’eau ne m’a pas encore tué, qu’elle me laisse filer comme dans un rêve. Et je n’ai de cesse de me cogner à cette ligne qui accroche tant mon regard.

Des bouts, voilà ce qu’il reste. De nous, des bateaux. Eux aussi, comme nous, ils ne coulent que quand ils ne leur restent qu’un seul bout de bois. Des bouts au milieu des sacs en plastique qui flottent, des papiers déteints, des lunettes de soleil, des faux passeports, des jeans élimés et des baskets sans lacet, des bouts sur lesquels des coquillages marins ont élu domicile sans perdre de temps, en s’y incrustant. En faisant de nous leur terre d’adoption, ces mollusques parasites nous donne alors, étrange paradoxe, la possibilité de les accueillir.

Nikolaj BS Larsen, Ode to the Perished, 2011

Recension de la revue du BIPVAL : Zone sensible dans le CCP de Septembre 2015 (CIPM)

Vous trouverez ci-dessous le lien pour lire la recension du dernier numéro de la revue du BIPVAL dans le CCP de Septembre 2015 édité par le CIPM (centre international de poésie de Marseille), où j'ai publié quelques unes de mes Anti-scènes, extraites de mon manuscrit inédit POSITIONS : http://cahiercritiquedepoesie.fr/ccp-30-5/zone-sensible
ZONE SENSIBLE Revue du BIPVAL, n°1
En voici un extrait :
-->

P……. 1, P……. 2, P……. 3
Clairement, elles ne m’appartenaient pas. Elles m’avaient toujours fait défaut, en effet, et ne pouvaient être retenues. Je le savais dès le départ. J’avais beau les avoir réceptionnées, déballées, et ayant ouvert chaque boîte, les avoir classées à l’intérieur, je ne pouvais les atteindre. Il y en avait, en plus, des sacs entiers. Le livreur avait mis plusieurs heures pour tout décharger. Après des jours de classement minutieux, après les avoir eu une à une entre les mains, il ne m’en restait que le geste répétitif et bienfaiteur d’en prendre une, de la reconnaître, de me rappeler et de la mettre dans la bonne boîte. Maintenant, elles étaient là, quasi toutes rangées, classifiées (j’aurai pu aussi les numéroter), et rien, rien ne s’ouvrait. Pas de ligne d’horizon, pas de nouveaux champs, juste ma respiration régulière, tenue, qui attendait encore que ça se dégage. Il fallait, je le savais, que je les abandonne, là, tel quel… C’était sûrement la meilleure chose à faire. Surtout ne plus convoquer ce qui était perdu. Cela faisait partie du travail de dégrisement. Je devais tout faire pour m’en départir. Une bonne fois pour toute. Et ceci malgré la question obsédante : est-ce se désappartenir que de s’en départir ?

A relire : un article sur La Supplication de Svetlana Alexievitch, Prix Nobel de Littérature 2015

Cet article a été initialement publié dans la revue Regard sur l'Est #11, Quel horizon pour la BIélorussie ? (09/1998)


Rencontre avec Svetlana Alexievitch: Tchernobyl cet autre monde à réinventer
Cette grande dame de la littérature biélorusse vient de publier son dernier livre aux éditions J.C. Lattès, qui s'intitule La Supplication Tchernobyl, chroniques du monde après l'apocalypse.

Svetlana Alexievitch, figure contemporaine de la littérature est déjà célèbre pour ses ouvrages largement controversés autant dans son pays que dans la Russie actuelle. En effet, son livre La guerre n'a pas un visage de femme fut interdit de publication pour cause de “ destruction du mythe soviétique”. Elle fut également jugée à Minsk en 1992 pour atteinte portée à la mémoire des soldats soviétiques en Afghanistan, sujet brûlant  traité dans son livre Les cercueils de Zinc.

Témoignages dans le silence

La Supplication
— qui a pour titre original La Prière de Tchernobyl — est un concentré à l'état brut de voix humaines exilées sur leur propre terre. Ici, sur la terre biélorusse irradiée, rien n'est plus comme avant, rien ne sera plus comme avant, une catastrophe innommable a anéanti un pan du monde, un pan de la vie des hommes, un pan de l'âme biélorusse. Svetlana Alexievitch a accompli un devoir en allant recueillir ces nombreux témoignages des victimes de Tchernobyl. Elle a du fréquemment se confronter à des silences, d'abord celui des États et des administrations qui refusent le plus souvent de véritablement aborder le sujet, ou encore le silence des habitants eux-mêmes qui se murent dans une angoisse résignée — désolation sans fond. Se heurter, affronter ce mur de silence, aller voir et écouter au-delà pour mieux comprendre et se rapprocher de la solitude de chacune des victimes furent les objectifs de Svetlana Alexievitch. Ce livre est l'aboutissement d'un travail de quatre ans, il ne réunit pas moins de trente-sept témoignages individuels ou collectifs qui ont été sélectionnés parmi quelques cinq cents témoignages recueillis.

Le 26 avril 1986, à 1h 23...
De nombreuses voix se remémorent cette date fatidique, où dès lors un monde entier fut englouti sous terre, car tout était empoisonné la terre, l'eau, l'air et même la conscience des gens, il a fallu enterrer tout élément radioactif, des vêtements aux objets personnels en passant par des villages entiers jusqu'aux corps des hommes et animaux morts irradiés. La terre de Tchernobyl n'est plus qu'un vaste cimetière radioactif. Une jeune femme évoque l'enterrement de son mari (ce témoignage bouleversant se situe dans le Prologue du livre):
“Sous mes yeux... Dans son grand uniforme, on l'a glissé dans le sac en plastique que l'on a noué... Et ce sac, on l'a placé dans un cercueil en bois... Et ce cercueil, on l'a couvert d'un autre sac en plastique transparent, mais épais comme une toile cirée...Et l'on a mis tout cela dans un cercueil de zinc... Seule la casquette est restée dehors...”
Cette femme a accompagné son mari jusqu'à sa mort, au risque de perdre son enfant en restant au contact de son époux irradié qui était devenu selon l'infirmière “ un objet radioactif avec un fort coefficient de contamination”. Un tel récit fait parti du quotidien dans les plaines de Gomel et de Moguilev. Les habitants des régions contaminées ont dû réinventer leur vie, leur mode de vie car les légumes et les fruits ne sont plus comestibles, la cueillette et la chasse furent interdites, sur cette terre agricole plus rien n'était bon à cultiver. Mais ces hommes et ces femmes se trouvent surtout confrontés à un danger invisible, à cet “atome” comme le nomment les personnes âgées, à cet air radioactif  qui sent si fort la mort, une mort nouvelle, autre qui décime aveuglement. Les biélorusses ont du se familiariser à un autre rapport avec la mort et donc à un autre rapport avec l'amour. Réinventer l'amour, mais un amour étouffé par les peurs : la peur d'enfanter un nouveau-né mal formé, un monstre, la peur de la perte brusque de l'être aimé atteint d'un mal inexorable. Un nouveau pêché est même apparu “le pêché d'enfanter... Auparavant, jamais je n'avais entendu de tels mots”, témoigne une jeune fille qui vit dans le “ghetto” de Tchernobyl.

Au-delà de la fiction, le réel à l'état brut

Écrire un tel livre est tout d'abord une courageuse tentative de comprendre la catastrophe elle-même mais aussi ses conséquences, à ce propos un chœur populaire s'interroge : “Nous comparons sans cesse la catastrophe à la guerre. En fait... On peut comprendre la guerre... Mais cela? ” Svetlana Alexievitch n'a pas écrit un roman, une fiction et ce à cause du sujet même du livre qui est et qui reste un sujet hors-norme, parce qu'il n'a pas été encore assimilé dans la conscience des hommes et que les biélorusses commencent à peine à vivre avec. La fiction ici ne peut accomplir son rôle de représentation de la réalité, parce que cette dernière a été rasée, elle en est a un stade apocalyptique où les mots connus par les hommes ne suffisent plus. Tchernobyl nous confronte donc à cette indicible réalité brute et vierge de toute expérience antérieure. Tout au long des monologues et des dialogues des exclamations surgissent de manière récurrente: “ On ne peut pas raconter cela ! On ne peut pas l'écrire !” Non, l'homme en cette fin de siècle ne peut pas encore raconter cette catastrophe et la longue traînée noire qu'elle laisse derrière elle, il ne peut — à l'image de Svetlana Alexievitch— que rapporter des témoignages, des paroles vives et douloureuses des victimes de Tchernobyl.
Un enseignant à l'Université de Gomel qui témoigne dans le livre s'interroge, et derrière cette interrogation perce les doutes de l'auteur elle-même:
“Pourquoi nos écrivains continuent-ils à parler de la guerre, des camps et se taisent sur cela ? Est-ce un hasard ? Je crois que si nous avions vaincu Tchernobyl, il y aurait plus de textes. Ou si nous l'avions compris. Mais nous ne savons pas comment tirer le sens de cette horreur. Nous n'en sommes pas capables. Car il est impossible de l'appliquer à notre expérience humaine ou à notre temps humain... Alors, vaut-il mieux se souvenir ou oublier? ” 

Virginie Poitrasson

Œuvres de Svetlana Alexievitch traduites en français:
La Supplication, Paris, J.C.Lattès, 1998, 272 p.
Ensorcelés par la mort, Paris, Plon, 1995, 214 p.
Les cercueils de Zinc, Paris, Bourgeois, 1991, 295 p.