Le pas-comme-si des choses dans Le Monde

 


Le pas-comme-si des choses paru aux éditions de l'Attente

Le feuilleton. Du côté de chez soi
Claro prend la mesure de sa présence au monde avec Virginie Poitrasson.
LE MONDE DES LIVRES | 25.10.2018 à 07h00 |
Par Claro
(Ecrivain et traducteur)

Le Pas-comme-si des choses, de Virginie Poitrasson, L’Attente, 172 p.,16 €.

On se souvient peut-être de ce que disait Descartes à propos de la cire. Une fois livrée à la flamme, elle change, et change si radicalement qu’on pourrait croire que ce n’est plus la même cire. Seul notre entendement est là pour nous empêcher de nous pincer, ou pour remplacer avantageusement ce pincement. Quant à nous autres, pauvres humains, nous aimerions bien ne pas découvrir que nous ne valons guère mieux que de la cire. Mais trop tard : de cire sans doute nous sommes faits, et notre entendement aura beau mettre en branle la machine cartésienne, rien n’y fera, notre corps n’en finit pas de passer d’un état à l’autre, et pour cela tout lui est flamme, la passion, le deuil, l’ennui, le rêve. Il y a quelque chose en nous d’immensément instable, et c’est sans doute l’un des principaux enjeux de l’écriture que d’inventer, à chaque livre, une poétique de cette instabilité.

Pour Antonin Artaud, par exemple, il est question de se confronter à une « souffrance froide et sans images, sans sentiment, et qui est comme un heurt indescriptible d’avortements » (L’Ombilic des Limbes, Gallimard, 1925). Pour Virginie Poitrasson, dont les Editions de l’Attente viennent de publier "Le Pas-comme-si des choses", l’enjeu est différent, mais l’acuité non moins grande : il s’agit de prendre la mesure de son corps, de ses pensées, de sa présence au monde, alors même qu’on se sent « hors champ », déconnectée, ici et pas ici.

« Combien de corps faut-il donc que je trimbale ? Certains ne sont pas identifiés. » Je est non seulement un autre, mais une foule d’autres, dont certains sont des fantômes, ne rêvons pas, ou plutôt si, rêvons, laissons nos rêves se peupler, nous serons moins seuls, ou seuls différemment.
Bien sûr, le monde ne se borne pas aux autres, il commence tout de suite après la peau, dès l’air, entre nous et le reste, et même entre nous et nous.

Sa lisière n’est jamais nette – où sommes-nous dès que nous fendons l’air du monde ? Les questions et les situations que pose et décrit l’auteure arrivent jusqu’au lecteur dans leur plus simple appareil, pourrait-on dire, portées par une langue fluide et fragile, inquiète et précise. Poitrasson, sans aucun égocentrisme – et ce n’est pas là le moindre miracle de son livre –, interroge cette porosité qui est peut-être une menace, peut-être une protection. « En fait, il n’y a pas de corps, ou plutôt il y a des corps, beaucoup de corps en ce monde, ils s’élancent, glissent, planent, virent de-ci de-là, bondissent tremblants, mais ils ne sont à personne. Véritablement, ils ne sont à personne. » Ne croyez pas le propos abstrait : on est ici au coeur des sensations, dans l’affleurement du sentiment de dépossession, de perte. « C’est juste que je ne peux me résoudre à adopter une formev définitive. » Ceci, aussi : « Mais je marche à côté de moi. » On l’a dit : au commencement était la cire. Quelle flamme, alors ?
Il est très vite question dans le livre d’un décès, d’une noyée, d’une absence ô combien réelle. « On t’a retrouvée. On t’a retrouvée dans les grands fonds. Tu as été ramenée sur nos rivages. » Ces grands fonds, mais aussi ces rivages, l’auteure accepte d’y errer encore, de faire elle-même l’expérience intérieure de la noyade, d’entrer en résonance avec le monde après la perte.

D’approcher au plus près de ce qu’on nomme « sublimation », « quand l’état solide passe directement à l’état gazeux sans passer par l’état liquide, quand la distance entre le vivant et le défunt est remplie par les mots, les objets, les personnes et les gestes courants, tel que faire la vaisselle, quand, choc frontal, on plonge directement dans l’éther, quand le mort (silence) paraît ramené à la vie (mythologie) ». L’au-delà : un lieu devenu soudain paysage intérieur. Changé en maison, plutôt, puisque telle est la sensation décrite par Poitrasson. « Je suis comme ma maison. Avec ses obstacles, ses angles morts, son jeté de lumière, ses rondeurs et veloutés, ses transitions d’une pièce à l’autre. » Page après page, comme on tâtonne dans la pénombre, le « je » du livre nous convie à éprouver plus profondément et plus intelligemment tout ce qui, hors de nous, participe néanmoins de nous. Nos gestes, notre transpiration, nos pensées, ce que nous voyons dans le noir : enclos imprécis qui nous contiennent mal, et dont l’auteure sait rendre les plus infimes vibrations.

Ce qu’on croyait indicible, ou trop immatériel pour être approché, l’auteure le traverse et le rend tangible : « Je sens que je deviens. (…) Je chemine en longeant ma circonférence, elle est vraisemblablement ce qui pourrait me condamner à la perpétuité si je la longe tout du long. Pourtant, je passe constamment du bienvenue à l’adieu, de l’éclosion à la décomposition, de l’étreinte à la rupture. Je suis une transition.» Transition : tel aurait pu être le titre de ce bréviaire de l’oscillation qui, à l’instar des livres de Noémi Lefebvre (tel Poétique de l’emploi (/livres/article/2018/02/08/lefeuilleton-dire-detruit-elle_5253571_3260.html), Verticales, 2018), ose affronter les risques de dissolution afin que l’apparition l’emporte sur l’apparence. Virginie Poitrasson parle à un moment de faire de la langue « une langue revenante ». Une démarche orphique, donc, à la fois humble et têtue, qui éblouit par sa subtilité et sa générosité.

Le corps réinventé de Virginie Poitrasson - L'Humanité - 7 septembre 2018



Le corps réinventé de Virginie Poitrasson

Vendredi, 7 Septembre, 2018

Avec Le pas-comme-ci des choses, la poète de Il faut toujours garder en tête une formule magique fait face à un corps qui se disperse, se multiplie, se dissout et que l’écriture peut à nouveau faire apparaître.

Virginie Poitrasson, Le pas-comme-ci des choses. L’Attente. 172 pages, 16 euros.

« Combien de corps faut-il que je trimbale ? » demande Virginie Poitrasson à l’entame de ce récit. Avoir le sentiment de se trouver sans corps, ou dotée d’une multiplicité de corps, et comment le dire ? C’est ce dont Le pas-comme-ci des choses se propose de rendre compte. Cela n’est pas un épisode dans une vie, pas un événement, cela ne commence pas vraiment. Il y a « juste un bruit de fond » et « de petits drames » l’un après l’autre, des « oscillations de présence », qui apparaissent. On pourrait décrire de la sorte le commencement du monde, qu’on soit théologien ou physicien.

Le récit, lui, nous met en présence d’anomalies, d’accidents. Des doigts qui se raidissent et laissent tomber des objets. Des yeux qui voient flou, ou décalé. Un corps qui, lui dit-on, est « un bel accident ». Une crise hallucinatoire ou un corps qui «  se réinvente constamment ». Corps qui disparaît, se dédouble à l’infini. « Je n’oppose plus de résistance, je suis toute à mon corps, à mes corps. Je les additionne. » Plus de corps, cela peut se lire multiplication ou aussi soustraction : « En fait, il n’y a pas de corps. » Assimilé aux objets, avalé par les surfaces, les volumes, les murs ou l’eau, les vases, les fils électriques, il ne se distingue plus du monde. Le titre même « pas-comme si » établit cependant « Mon corps est la texture commune de tous les objets. »

Le livre peut se lire comme le récit d’un rêve

Le pas-comme-ci des choses peut se lire comme le récit d’un rêve. Il y en a dans chacune des onze sections du livre. Leur début est signalé, pas leur terme. Comment savoir où ils finissent sans définir une frontière, indiscernable. Le texte entier pourrait ainsi être lu comme un rêve infini, une série de rêves emboîtés que la dernière page ne clôt pas. Rêve, insomnie, souvenir, éveil, sait-on si on est revenu au matin dans la réalité ? Sait-on si même elle existe ? « Ce monde n’est peut-être rien de plus qu’un moyen d’être dans un autre monde.»

L’ouvrage de Virginie Poitrasson ne se présente cependant pas au lecteur comme une méditation abstraite sur le peu de réalité. S’il n’est pas la narration d’un épisode délirant, le texte s’ancre dans la matérialité du corps qui se dérobe, qui se dissout, dans la force des traces sensorielles, la persistance des impressions. Partant des sensations du corps propre à celles de son absorption dans les objets puis de sa multiplicité, il propose une sorte d’itinéraire de la dépossession. « Je passe au travers de moi pour observer la foule. Ma foule intérieure ».

Ce qui tient, cependant, c’est la certitude de « progresser telle une ombre au bout d’une phrase ». Le livre, dont le titre Le pas-comme-ci des choses » fait écho au « parti-pris » de Ponge, est l’aventure d’une écriture face à ce qui se dérobe, « une façon de saisir ce qui a été perdu ». Plongée dans la béance entre corps et monde, entre réel et langage, Virginie Poitrasson répond avec humilité par la précision de la phrase, le refus du surplomb. « Écrire pour faire apparaître ce qui n’a plus que l’apparence de quelque chose » est la revendication de ce texte vertigineux et fascinant où corps et langage se réinventent en écho.
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Avis de parution septembre 2018

Sur le site de l'éditeur, livraison gratuite 



Extrait - Le pas-comme-si des choses de Virginie Poitrasson paru aux éditions de l’Attente

Que se passe-t-il à l’intérieur de mon corps ? Il se
passe autrui et tous ces autres.
Si seulement je pouvais mieux voir dans l’obscurité.
Pour confirmer que non, je ne suis pas un mais tous
ces autres rassemblés, que non, je ne suis pas vide
et unique mais trop remplie quand arrive la fin de
la journée parce que j’ai accumulé. Je m’accumule.
Tas de poupées désarticulées. Mes automates. En
face, les autres cherchent mon vide, pour le remplir,
mais ils fuient face au spectacle de marionnettes qui
s’agitent et qui se mettent à parler à tue-tête quand
on les regarde de façon insistante. Je chancelle sous
leurs poids. Et me voilà en quinconce.

Je passe au travers de moi pour observer la foule.
Ma foule intérieure. Sans pour autant tomber, ni
trébucher. C’est là que je joue à l’homme invisible,
que j’essaie de changer le cours de mon destin.
J’interviens par petites touches, je contrarie les
histoires, ces lignées sans surprise où le début et la
fin sont déjà inscrits. Je m’immisce parmi elles,
dérobe ce qui appartenait à l’une pour le confier à
une autre, qui désemparée s’en débarrasse sans
plus attendre et va faire le bonheur d’une troisième
qui tombe dessus par hasard. Je les observe, elles
jouent au jeu de qui prendra le dessus sur l’autre. Il
y a celle qui crie plus fort que les autres, elle, je
n’arrive jamais totalement à la faire taire, je suis
toujours intriguée par celle qui fomente des
troubles dans un coin, je me contente de l’écouter
marmonner car peut-être parviendra-t-elle à ses
fins, et me sortira-t-elle des méandres de cette
foule. Il y a celle qui est toute emmêlée, cherchant
minutieusement la bonne ficelle à tirer, il y a celle
qui circule en eaux troubles, je l’oblige à dériver
toujours plus. Il y a celle qui s’est assoupie, je mets
un point d’honneur à lui botter les fesses pour
qu’elle se reprenne, il y a celle qui dit détenir la
vérité, je lui cours après mais elle reste
insaisissable, il y a celle qui, pleutre, préfère rester
cachée plutôt que de sentir quoi que ce soit, il y a
celle que je redoute d’inspecter, je ne m’approche
pas d’elle de crainte de rétrécir, de disparaître dans
sa masse, elles sont plusieurs, celles qui m’inspirent
de la défiance, la plupart l’air compact, solide, aux
contours nets mais au contact, elles se révèlent être
des histoires de marchands de sable. Il y a celle qui
au contact des autres se met à leur ressembler, tout
lui déteint dessus, elle les reproduit bien qu’un peu
pâlement, il y a celle qui est coupable et n’aspire
qu’à la confession que je suis incapable d’entendre
dans ce bourdonnement incessant, il y a celle qui à
mon feu vert est prête à mettre fin à ses jours, c’est
mon histoire kamikaze. Impossible de faire
l’inventaire de ma collection. Il n’y a pas de
sentinelles ici. Juste un grand espace ouvert de tous
côtés, même les coins n’en sont pas vraiment. Ma
foule y circule librement, volatile, apparaissant, se
scindant, disparaissant. Ce sont mes histoires.

Et je leur dis : « Toi, là, qui te tiens droit et qui me
tournes le dos, toi, ici, qui es penchée, toi qui es
accroupie, toi qui me regardes fixement, toi qui
croises et recroises les bras continuellement, toi qui
bouche béante n’émets pas un son, toi qui assise au
bord ne penses qu’à tomber, toi qui procèdes
uniquement par cercle, toi qui t’es oubliée, toi qui
ne sais que t’agiter, toi qui sautilles sur place en ne
citant que des nombres premiers, toi qui racles les
parois pour mieux y voir, toi qui joues à l’aveugle,
toi qui tombes en désuétude, toi qui cherches ton
souffle, toi qui ne veux pas te salir, toi qui me
pointes du doigt, toi, tu seras toujours au milieu de
moi, au milieu de mon milieu, et même si ce milieu
n’a pas de bord, il reste au milieu et toi dedans. Dire
où se trouve exactement mon milieu m’est difficile.
On ne perçoit pas un milieu. Il nous enveloppe, on
ne peut en faire le tour. »

Colloque Le corps du traducteur







Face à face : réflexions sur une expérience de traduction entrecroisée 

How the translator’s body interact with the translation itself ? Lily Robert-Foley and Virginie Poitrasson will do half a performance using video and sounds and half a discursive in-practice talk mixing English and French languages.



Parution de La tête et les cornes #4 avec des extraits de ma traduction de NEST de Mei-Mei Berssenbrugge

Le n°4 de La tête et les cornes vient de sortir et étrenne une nouvelle maquette conçue par la typographe Yohanna My Nguyen. 
Vous y trouverez, entre autre, des extraits de ma traduction du très beau livre de Mei-Mei Berssenbrugge, NEST.
Avec les auteurs : Peter Waterhouse, Lindsay Turner, Hugo Pernet, Keith Waldrop, Jacques Roubaud, Nils Christian Moe Repstad, Dawn Lundy Martin, Silje Vethal, Mei-Mei Berssenbrugge et Jørn H. Sværen

Et les traducteurs : Lucie Taïeb, Stéphane Bouquet, Bernard Rival, Emmanuel Reymond, Virginie Poitrasson, Marie de Quatrebarbes et Maël Guesdon

Et l'équipe T&C : Marie de Quatrebarbes, Maël Guesdon, Yohanna My et Benoit Berthelier

POUR S'ABONNER:
La tête et les cornes accélère son rythme : deux prochains numéros sont prévus pour 2018. 
Il est donc désormais possible de s'abonner et de recevoir les numéros 4, 5 et 6.
> Commander le n°4 : 6 euros + 2 euros de frais de port
Règlement par chèque ou paypal : https://www.paypal.me/lateteetlescornes/8
> S'abonner pour les n°4, 5 et 6 : 15 euros + 5 euros de frais de port
Règlement par chèque ou paypal : https://www.paypal.me/lateteetlescornes/20
Pour toute commande et/ou abonnement par chèque, envoyez-nous vos coordonnées par mail, svp :
lateteetlescornes@gmail.com
 
Un grand merci pour votre soutien !

PS: À venir dans le n°5 en janvier des extraits de ma traduction de Angle of Yaw de Ben Lerner !

Performance au CNEAI avec Gilles Weinzaepflen - vendredi 20 octobre



EXPOSITION EN COURS 
The House of Dust by Alison Knowles
Jusqu’au 19 novembre 

Du mercredi au dimanche de 13H à 19H
Réalisée avec le laboratoire de recherche et d'expositions Art by Translation / ESBA Talm, Angers, ENSA Paris-Cergy
Avec A Constructed World, Bona-Lemercier, Dieudonné Cartier,
Christelle Chalumeaux, Jagna Ciuchta, Tyler Coburn, Yona Friedman, Mark Geffriaud, Ramiro Guerreiro, Jeff Guess, Peter Jellitsch, Alison Knowles, Katarzyna Krakowiak, Kengo Kuma, Lou-Maria Le Brusq, Stéphane Magnin, Aurélie Pétrel, Joshua Schwebel, Daniela Silvestrin et Francisco Tropa
Commissaires : Sylvie Boulanger, Maud Jacquin et Sébastien Pluot

HABITER L'EXPOSITION : THE HOUSE OF DUST BY ALISON KNOWLES

Vendredi 20 octobre                               19H-21H
Polka@cneai sollicite des poètes et écrivains pour créer une oeuvre courte sur la question de l’algorithme, en collaboration avec un acolyte de leur choix issu d’une autre discipline. Avec Gérôme Fitoussi & Rim Battal, Sebastien Kieffer & Rim Battal, Virginie Poitrasson & Gilles Weinzaepflen,  Elise Alberti, Mathieu Langer & Paul de Brancion et Franck Smith

cneai =  
www.cneai.com   
cneai@cneai.com  


Cneai, les Magasins généraux
1 rue de l'Ancien Canal

93500 Pantin
Métro : Église de Pantin



Writing workshop @UPennAbroad - Tours

Atelier d'écriture avec les adorables étudiants de UPenn @UPennAbroad



dans le sillage de ma performance vidéo Emergency, écrire dans l'urgence



puis écriture d'un récit numérique géolocalisé à partir d’images trouvées 
sur Google Street View.
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#écrire dans l'urgence #googlestreetview #pérégrinations dans la ville

Lecture vidéo et Exposition - Détournement poétique - 30 juin



"Vivre en France" - 30 juin 2017 : Exposition des textes et des collages et projection de lectures vidéo réalisées dans le cadre du projet départemental "Détournement poétique", suite aux ateliers d'écriture qui ont eu lieu cette année à la bibliothèque George Sand de l'Hay les roses #valdemarne #lhaylesroses


Virginie Poitrasson Extrait 'Le pas-comme-si des choses' Poem Reel 4 Lis...



Another of Lisa Pasold's lovely Poem Reels.
Virginie Poitrasson lit un extrait inédit de son texte "Le pas-comme-si des choses -
a Poem Reel shot by Lisa Pasold in Paris, 2017
Thanks to her !

Ateliers d'écriture et de parole "Vivre en france" - Détournement poétique

Vernissage de l'exposition "Vivre en France" 
dans le cadre du projet départemental "Détournement poétique"

 En 2017, dans le cadre de l'action départementale « Détournement poétique », 
un atelier d'écriture a réuni la poète Virginie Poitrasson et 12 femmes allophones 
de l'association l’haÿssienne ASPIR (Actions de Solidarité pour l'Insertion, en Réseau) 
à la bibliothèque George Sand.
 
« Détournement poétique » est une action initiée par le Conseil Départemental du Val-de-Marne dans le cadre du Contrat Territoire Lecture. Elle vise à favoriser la pratique de la langue
française pour les adultes allophones par la mise en place d’ateliers d’écriture poétiques, animés par un auteur, en partenariat avec les associations de proximité et les médiathèques participantes.
 
Ces séances d'échanges et d'écriture feront l'objet, le 30 juin 2017, 
d’une restitution au sein même de la bibliothèque. Une exposition (textes et collages) et une projection vidéo (lectures filmées) retranscrivent cette belle aventure.

Merci à Baya, Fadouma, Gnima, Ikram, Latifa, Manchula, Mimiche, Rajina, 
Riama, Sabrine, Salamata, Tibé pour leur participation.
Merci également à Isabelle et Pascale d’ASPIR et à Mathias de la bibliothèque.



Vendredi 30 juin à 17h30 : Vernissage de l'exposition "Vivre en France" dans le cadre du projet départemental "Détournement poétique"

 Douze femmes de l'association ASPIR* ont travaillé avec la poète Virginie Poitrasson sur un projet de création poétique. Nous vous proposons de venir découvrir leur  exposition qui se tiendra tout au long du mois de juillet dans le hall de la bibliothèque.
* Actions de Solidarité Pour l'Insertion, en Réseau.

à la Bibliothèque George Sand de L'Haÿ les roses, 21 rue Henri Thirard - 94240 L'Haÿ-les-Roses

Cliquez ici pour plus d'infos: Exposition "Détournement poétique"

À lire le dernier numéro de la revue Ouste

À l’image du festival Expoésie, dont elle constitue le support-papier, la revue OUSTE prône la rencontre entre poésie et art actuel. Fraîcheur, iconoclasme : la création en direct, sans essoufflement ni afféterie.

Déjà disponible, le numéro 25 de la revue Ouste (une coédition Féroce marquise & Dernier Télégramme) : http://www.derniertelegramme.fr/spip.php?id_rubrique=13&page=rubrique

Sommaire :
6 Chiara Mulas, 7 Christophe Manon, 8-9 Patrick Dubost,
10 Démosthène Agrafiotis, 11-13 Laura Vazquez, 14 Lucien Suel,
15-16 Virginie Poitrasson, 17-19 Julien Blaine, 20-21 Patrice Luchet,
22 Fernando Aguiar, 23-24 Natyot, 25 Thierry Dessolas, 26 Marielle Genest,
27-30 Lola Sapin, 31 Andrew Maximilian Niss, 32-33 Hervé Brunaux,
34-36 Cendres Lavy, 37 Frédéric Charles, 38-42 Frank Smith, 43 Carla Bertola,
44-45 Aurélien Leif, 46 Olivier Orus, 47-48 Michel Gendarme,
49-50 Jean-Pierre Bobillot, 51 Thomas Déjeammes, 52-54 Nadine Agostini,
55 Patrick Chouissa, 56-62 Raphaël Saint-Remy et Benjamin Bondonneau,
63-66 Florence Jou, 67 Joël Bastard, 68-69 Pierre Tilman, 70-71 Dany Moreuil,
72-74 Pierre Soletti, 75-77 Maxime Hortense Pascal, 78 Dani J.,
79 Johan Grzelczyk, 80-83 Bernard Sintès, 84-86 Patrick Sirot, 87 Bruno Guiot,
88-89 François H. Charvet, 90 Noémie Lothe, 91-94 Florian Caschera,
95 Alberto Vitacchio, 96-97 Alain Robinet, 98 Rémy Pénard, 99-100
Noémie Lothe, 101 Vincent Courtois, 102-103 André Paillaugue,
104-106 Thomas Déjeammes, 107 Aurélien Leif, 108-110 Jean-Luc Lavrille,
111 Jacques Taris, 112-113 Lucien Suel, 114 David Taieb,
115-116 Romain Fustier, 117 Michel Della Vedova, 118-119 Serge Pey, 120 Giovanni Fontana


140 p., 12/18 cm, 10 € - isbn : 979-10-97146-02-3

Extrait inédit, Le pas-comme-si des choses à lire sur Remue.net

Me voici enfermée dans le vase en verre translucide posé sur la table du salon. C’est la quatrième fois cette semaine, je suis bien embarrassée. À force je ne sais plus où me mettre, où me poser pour me calmer, me rasséréner, alors je choisis ce qui me tombe sous les yeux. Et, c’est encore le vase. Bien sûr je peux toujours avoir une conversation, je suis un peu à l’étroit mais on voit au travers donc cela ne pose pas de problème à mon interlocuteur. Parfois il arrive qu’il me cherche vainement dans la pièce, sans pouvoir trouver la provenance de ma voix, je l’observe de la table, il tourne en rond, un peu désorienté, certains ont même l’air très angoissé et croient à un tour de passe-passe. C’est juste que, je ne peux pas me résoudre à trouver une forme définitive. Je suis en quelque sorte hors champ, et ce en permanence. Les objets brillent d’un éclat métallique, à mon contact, ils deviennent élastiques tels des tubes en plastique. Alors, après quelques exercices d’assouplissement, et quelques respirations profondes, je me soumets à une gymnastique des plus contraignantes. Les résultats sont le plus souvent étonnants. Je me glisse dans la canalisation de l’évier, je cale ma tête dans le chapeau de lampe ou je m’enroule dans les rideaux. Je finis par avoir exploré toutes les pièces de la maison, sauf la cave où je serais trop invisible. Même en étant hors champ, je dois rester proche de l’action, tel un électron qui gravite fatalement autour de son noyau de protons et de neutrons. Living restraint. Je cherche ma propre texture en épousant la forme des objets qui m’entourent.
Lire la suite sur http://remue.net/spip.php?article8675
crédit :Atoosa Vahdani

Merci à Emmanuèle Jawad pour sa proposition de publication. Bonne lecture...

Alain Nicolas, libraire d'un soir (Librairie Charybde, 9 avril 2015)



À écouter : Le jeudi 9 avril 2015, la librairie Charybde (129 rue de Charenton 75012 Paris - www.charybde.fr) recevait, en tant que libraire d'un soir, Alain Nicolas, l'une des plumes critiques les plus affûtées et les plus enclines aux découvertes , au sein de la presse française, qui a longtemps exercé ses talents pour le quotidien l'Humanité. Ce soir- là, il nous présentait sept livres présentant une importance particulière à ses yeux :


1. Arno Schmidt, "On a marché sur la Lande" (04:21)

2. Rodrigo Fresan, "Le fond du ciel" (25:36)

3. Gonçalo M. Tavares, "Un homme : Klaus Klump / La machine de Joseph Walser" (33:45)

4. Mario Bellatin, "Salon de beauté" (43:03)

5. Yoko Tawada, "Opium pour Ovide" (52:26)

6. Corinne Aguzou, "Les rêves de l'histoire" (1:05:22)

7. Virginie Poitrasson, "Il faut toujours garder en tête une formule magique" (1:15:20)

Lecture de "Le pas-comme-si des choses" - LA NUIT REMUE n°10 - juin 2016


Nuit remue 10 - Virginie Poitrasson from remue.net on Vimeo.

Une vidéo de ma lecture d'un extrait du texte inédit "Le pas-comme-si des choses", lors de La nuit remue n°10 à la Bibliothèque Marguerite Audoux, Paris 3ème , merci à l'équipe de Remue.net : Sébastien Rongier, Lucie Taieb, Eric Pessan et Mathieu Brosseau

Atelier d'écriture à Tours avec des étudiants de UPenn




Sur l'invitation de Mélanie Peron, par l'intermédiaire de François Bon
Atelier d'écriture avec les adorables étudiants de UPenn
dans le sillage de ma performance vidéo Emergency,
de Vaduz de Bernard Heidsieck et de Paris, musée du XXIème siècle de Thomas Clerc

#écrire dans l'urgence #tout autour de moi #pérégrinations dans la ville





Fiction 1 à lire dans le numéro 405 du Français dans le Monde

Un extrait d'Il faut toujours garder en tête une formule magique publié aux éditions de l'Attente, "Fiction 1", publié dans le dernier numéro du Français dans le monde, cliquez ici pour vous le procurer.

"Sonzai-kan exploration" publié dans la revue de littérature Espace(s)

Retrouvez mon texte "Sonzai-kan exploration" publié dans le n°12 de la revue de littérature Espace(s) par le CNES / Observatoire de l'Espace.

Robots, cyborgs & autres compagnons


Revue Espace(s) N°12 / ISBN 978-2-85440-031-1
Parution mars 2016 / 256 pages / Prix : 19 euros

Comment revisiter la notion du robot ou du cyborg, si bien implantée dans notre inconscient collectif ? Comment dépasser la simple dualité homme-robot, ami-ennemi sans pour autant verser dans la quête du trans-humanisme ? Retrouver l’humain dans l’étude de nos doubles artificiels, passer par la littérature pour éviter l’écueil du réalisme scientifique, mettre de côté la morale pour aller vers l’expression artistique, tel a été le programme de ce douzième numéro de la revue Espace(s). Car ce qui importe avant tout c’est bien l’émergence d’une relation, si étrange soit-elle avec cet autre, ce représentant de l’altérité.
Les auteurs invités à écrire dans la revue ont tenté de répondre, chacun à sa manière, à ces interrogations contemporaines. Toujours au cœur de la ligne éditoriale d’Espace(s), la variété des propositions et la liberté de la création littéraire et plastique apportent la preuve de la richesse du sujet. La rubrique « Protocole » propose cette année une tentative d’épuisement d’une pièce d’archive à travers une conversation entre différents auteurs et plasticiens. Dix auteurs se sont quant à eux emparés des mots de la Semaine de la Langue française et de la Francophonie, redonnant une définition spatiale à ce lexique bien terrestre. De fada à ristrette, c’est une nouvelle lecture, un jeu sur la langue qui est offert au lecteur à travers la découverte de ces textes de création. D’ « Invitation » en « Exploration », les compagnons trouvent leur place dans la revue à travers textes et propositions graphiques auxquels répondent les travaux d’artistes en résidence hors-les-murs à l’Observatoire de l’Espace.

Allez-y jeter un coup d'oeil, vous pouvez en lire un extrait ici.

Festival Sidération 2016 Caravansérail de l'espace



Je participe au CARAVANSÉRAIL DE L’ESPACE à l'Observatoire de l'Espace
Samedi 19 mars 15h30 : À la recherche d’une indéfectible compagnie.
Discussion avec Jakuta Alikavazovic et David Christoffel 
autour de mon texte Sonzai-kan exploration 
publié dans la revue de littérature Espace(s).
Et à 16h30, Gaël Baron lira des extraits de mon texte 
dans la cabine
où il accueille le public.
Venez! 
Accès libre et gratuit.

Inventaire des cercles (extrait) : Cinquième et sixième cercles


 
Nikolaj BS Larsen, Boat, 2011
Cinquième et sixième cercles

D’abord, j’ai regardé longtemps la mer, pour être sûr qu’elle tourne bien à l’endroit, qu’elle ne reparte pas en arrière, et je me suis dit, ces flots, ils ont l’air de rouler droit, ils vont me faire arriver. La mer les pousse doucement de l’autre côté, juste par petits mouvements et me voilà arrivé. Si la mer ne m’emmène pas, qui m’emmènera ? J’imagine ça comme se faire bercer, se laisser porter par le vent levant. C’est une question d’équilibre. Elle déversera de l’autre côté, en un roulis léger, ce qu’elle a charrié patiemment, sur une plage de sable blanc aux senteurs de monoï. Je roulerai alors gentiment, mouillé, au pied d’une de ces serviettes de plage colorées.
Et puis, j’ai regardé encore longtemps la mer et je me dis que l’eau est molle, qu’elle ne nous portera pas, pas moi en tout cas, qu’elle ne se montrera pas assez solide pour moi, pour porter mon poids, mes affaires, mon urgence, ma détresse. Pourtant, je ne lui demande pas de faire des détours mais d’aller juste tout droit, au plus près en face, là où mon regard se cogne chaque jour, sur ce désir calcaire, ce roc grand et imposant. Patient malgré les incursions de la mer, il reste là en position et c’est lui qui montre le chemin. La mer saura-t-elle le reconnaître ? Sûrement, car sa beauté ne peut pas décevoir.

Alors, quand j’ai embarqué j’ai fait de ce bateau ma maison. Ma maison-bateau. C’est à la fois un point de repère et un esquif fragile ballotté par la marée de l’Océan Atlantique, par le ressac des eaux grises de la Manche, par les vagues transparentes de la Mer Méditerranée, par celles de la Mer Adriatique, par les eaux bleues de la Mer d'Alboran, par celles de la Mer des Baléares, par les flots du Golfe de Corinthe, par ceux de la Mer de Crète, par ceux de la Mer Égée, par la marée du Golfe de Gabès, par celle du Détroit de Gibraltar, par celle de la Mer Ionienne, par les vagues du Bassin Levantin, par celles de la Mer de Libye, par celles de la Mer Ligure, par le ressac du Golfe du Lion, par celui de la Mer de Myrto, par celui de la Mer de Sardaigne, par celui de la Mer de Sicile, par les flots du Canal de Sicile, par ceux du Golfe Saronique, par ceux du Golfe de Syrte, par les vagues du Golfe Thermaïque, par celles de la Mer de Thrace et par celles de la Mer Tyrrhénienne.

Me voilà à bord. Et je sens la clarté de l’eau s’éloigner. On ne m’a pas tout dit, pas le passeur en tout cas. Pourtant tout se déroule avec une grande simplicité. Il y a eu des rumeurs de tempête, de lutte, mais les vents ont balayé tout cela. Il n’en est rien. La mer est restée plate, à peine quelques clapotis. Pas de signal d’alerte. Pas de MAYDAY. Pas de message aux garde-côtes. Juste un naufrage pur et simple, sûrement intentionnel. Et c’est là que je vois cette embarcation pourrie, vieille, disloquée et fendue, rapiécée et usée qui n’a de cesse de prendre l’eau et qui coule et coule à l’infini. L’éclat calcaire du rocher dans ma pupille cesse alors de briller et je retourne lentement à mon obscurité, le corps détrempé. Quand on coule, tout est question de poids, puisque tout corps plongé dans un liquide reçoit une poussée, qui s'exerce de bas en haut, et qui est égale au poids du volume de liquide déplacé. Alors je joue au bouchon, la tête hors de l’eau, je monte, flotte, pousse et je descends, coule, sombre. Jusqu’à ce que tout devienne immobile, comme dans tout lieu éternel. Pourtant j’aperçois encore ce fil noir et je sais que je n’ai pas encore passé la ligne d’horizon. Je le fixe intensément et je m’aperçois qu’il n’est pas noir en réalité, qu’un halo jaune l’entoure et qu’il est moucheté de petits points verts comme de minuscules palmiers disposés le long d’une plage de sable. Je pense alors que l’eau ne m’a pas encore tué, qu’elle me laisse filer comme dans un rêve. Et je n’ai de cesse de me cogner à cette ligne qui accroche tant mon regard.

Des bouts, voilà ce qu’il reste. De nous, des bateaux. Eux aussi, comme nous, ils ne coulent que quand ils ne leur restent qu’un seul bout de bois. Des bouts au milieu des sacs en plastique qui flottent, des papiers déteints, des lunettes de soleil, des faux passeports, des jeans élimés et des baskets sans lacet, des bouts sur lesquels des coquillages marins ont élu domicile sans perdre de temps, en s’y incrustant. En faisant de nous leur terre d’adoption, ces mollusques parasites nous donne alors, étrange paradoxe, la possibilité de les accueillir.

Nikolaj BS Larsen, Ode to the Perished, 2011